Chronique en séries : Twin Peaks

C’est reparti pour la chronique du mardi ! Toi aussi, tu veux écrire un mot sur ta série préférée et la faire connaître à tes acolytes sérievores ? Alors n’hésite pas à envoyer un e-mail à [email protected] et nous publierons ensuite ton texte sur le blog de BetaSeries !

Pour cette première chronique de 2018, KimiTheKelly vous invite dans l’univers de Twin Peaks. Sans plus attendre, servez vous un café et découvrez sa chronique ci-dessous !


Si tu savais comme je t’envie, toi, petit(e) internaute qui va découvrir Twin Peaks pour la première fois. Quel bonheur de se plonger corps et âme dans ces abîmes jubilatoires, j’aimerais tant être à ta place…

Quand on énumère les séries qui ont fait date dans l’histoire du petit écran, il y en a forcément une qui ressort du lot et c’est bien évidemment Twin Peaks. En l’espace d’un peu plus d’un an de diffusion sur la chaîne ABC (du début avril 1990 à la fin septembre 1991), cette série a complètement changé le visage des séries télévisées actuelles et fait toujours l’objet de nombreuses discussions sur la Toile. À ce moment précis de la chronique tu dois être en train de te dire : « Alors, c’est bien beau toutes ces belles phrases mais Twin Peaks, ça parle de quoi ? Et pourquoi c’est si culte ? » Patience, nous allons y venir… Il y a tant de choses à dire sur cette série.

Twin Peaks c’est… une série à double facette. 

D’un côté nous avons David Lynch, un artiste américain aux multiples facettes (cinéaste, peintre, musicien, photographe…) qui a déjà conquis nombre de spectateurs avec son cinéma sonore et expérimental (Eraserhead, Blue Velvet, Sailor & Lula…). De l’autre nous avons Mark Frost, un scénariste et romancier ayant travaillé sur quelques séries durant les années 70. Ce dernier entre en collaboration avec Lynch durant les années 80 et, après quelques années de développement, le duo nous offre le pilote de Twin Peaks en 1990. Ce dernier fut regardé par plus de trente-quatre millions de télé-spectateurs et les critiques de la presse furent, pour la plupart, unanimes. Certaines personnes ont même pris un risque en disant que cet épisode allait changer l’histoire de la télévision. Elles n’avaient pas tort.

Une intrigue passionnante.

Rentrons dans le vif du sujet. L’intrigue se déroule dans la ville de Twin Peaks composée de 51 201 habitants abasourdie par le meurtre de la lycéenne Laura Palmer dont le corps a été retrouvé sur la berge d’une rivière, enveloppé dans un sac plastique. Immédiatement, le Shériff Truman ouvre une enquête et il sera assisté par l’agent spécial Dale Cooper du FBI pour élucider cette affaire. Mais Twin Peaks ce n’est pas qu’une simple enquête de police banale pour un meurtre qui l’est tout autant… Si le postulat de base est relativement classique, Lynch et Frost s’amusent avec les nerfs des télé-spectateurs, ils les rendent rapidement accros au fur et à mesure des épisodes. Les  télé-spectateurs sont en quête de réponses, réponses qui n’arrivent pas forcément au moment voulu. Ils sont en quelque sorte inspecteurs aux côtés des protagonistes et doivent démêler le vrai du faux dans cette enquête. Le meurtre de Laura Palmer est un gigantesque puzzle qui ne demande qu’à être résolu.

Des personnages hauts en couleur. 

Que serait Twin Peaks sans ses personnages variés et tous plus loufoques les uns que les autres ? Je pourrais jouer la carte de la facilité, dire que Dale Cooper est juste le meilleur personnage de la série ainsi que le meilleur inspecteur de police du petit écran mais ce serait trop facile. Avec Twin Peaks, Lynch et Frost voyagent jusqu’au plus profond du subconscient de leurs personnages. Chaque protagoniste (oui oui, CHAQUE protagoniste) qu’il soit principal, secondaire ou même tertiaire est développé à son paroxysme et est important. Les télé-spectateurs ont donc le droit à une belle brochette de personnages très bien travaillés et très attachants, chose assez rare dans une série. Cela va du petit grain de folie (Dale Cooper), à la naïveté (le duo Andy/Lucy) ou encore l’extravagance (le Docteur Lawrence Jacoby). Si il y a un travail très important de la part des créateurs de la série, les acteurs jouent également un rôle important pour les personnages. La direction de ces derniers est aux petits oignons et certains arrivent à tirer leur épingle du jeu (à titre d’exemple Kyle MacLachlan, il est Dale Cooper et aucun autre acteur n’aurait pu endosser ce rôle). Petite cerise sur le gâteau, on peut même voir David Lynch et Mark Frost lors de certains épisodes (David Lynch interprétant le supérieur de Dale Cooper : Gordon Cole et Mark Frost jouant le rôle d’un reporter à la télévision dans le premier épisode de la seconde saison). Si c’est pas beau ça.

Une bande son inoubliable. 

Même si vous n’avez jamais vu un épisode de Twin Peaks, vous avez déjà entendu au moins un morceau de cette sublime bande-son. Cette dernière est signée Angelo Badalamenti et est par-fai-te. Le travail du compositeur était déjà excellent lors de ses dernières collaborations avec Lynch (Blue Velvet, Sailor et Lula) mais pour Twin Peaks elle est absolument divine. Créative et viscérale, elle est impressionnante et ce, de la première à la dernière sonorité (mention spéciale pour celui Laura et d’Audrey, deux petits chefs-d’œuvre). Jamais un compositeur n’aura été aussi en phase avec un réalisateur et sa vision artistique. Et comment ne pas parler de Julee Cruise… Cette chanteuse est étroitement reliée à Twin Peaks puisqu’elle a interprété le titre Falling qui a servi pour le générique de la série, (un titre ô combien magique et obsédant) ainsi que plusieurs morceaux emblématiques (The Nightingale, The World Spins…). Écoutez son album Floating Into The Night, pour peu que vous aimiez les ambiances jazzy vous serez conquis dès les premières notes. Et en parlant du générique de Twin Peaks…

Un générique culte.

Un petit rouge-gorge, une usine tournant à plein régime, des scies répétant sans cesse le même mouvement, une cascade… Si vous n’avez jamais vu ce générique jusqu’à présent vous avez loupé quelque chose. Dès les premières images, Angelo Badalamenti martèle nos tympans pour notre plus grand plaisir et la magie opère instantanément. À voir et à revoir sans modération.

Un film. 

Nous sommes en février 1991, ABC annule subitement la série alors qu’il ne reste que 6 épisodes avant la fin de la seconde saison. David Lynch revient sur le devant de la scène pour réaliser l’épisode final de la série et, peut-être pour forcer la chaîne à revenir sur sa décision. Rien n’y fait, la série est bel et bien terminée. Mais Lynch n’en a pas terminé avec Twin Peaks, il récidive l’année suivante avec le film Twin Peaks : Fire Walk With Me qui retrace les sept derniers jours de Laura Palmer avant sa mort. Comme vous vous en doutez il faut absolument le voir une fois la série terminée. Dans le cas inverse, vous vous exposerez à de très gros spoilers. Ce film est considéré par beaucoup de cinéphiles comme le plus mauvais de la filmographie de Lynch étant donné qu’il est rattaché à la série principale. Il n’en reste pas moins un film important étant donné qu’il permet d’apporter quelques éclaircissements vis-à-vis de Laura Palmer. Cette dernière apparaît, par l’intermédiaire de ce film, sous un autre angle et ce Fire Walk With Me est un film indispensable pour bien comprendre les événements se déroulant dans Twin Peaks. Il permet également à Lynch d’entrer dans sa période labyrinthique puisque ce dernier nous livrera par la suite les majestueux Lost Highway et Mulholland Drive qui, à titre personnel, résonnent encore dans ma mémoire.

Twin Peaks c’est aussi… un retour inattendu.

Suite à l’annulation de la série par la chaîne ABC, David Lynch avait répondu à plusieurs reprises lors de nombreuses interviews que la série était définitivement annulée et qu’elle ne reviendrait pas sur le petit écran. Néanmoins, le doute persistait suite à un dialogue entre deux personnages dans le dernier épisode de la seconde saison : « I’ll see you again in 25 years. ». Personne n’osait croire au retour de Twin Peaks… Coup de théâtre, la chaîne Showtime annonce en 2014 le revival de la série avec une troisième saison sur les planches prévue pour 2016 mais cette dernière est ensuite repoussée à l’année suivante. Par la suite, il sera annoncé que la troisième saison sera composée de 18 épisodes réalisés par David Lynch lui-même et que certains acteurs reprendront leurs rôles respectifs. Du jamais vu pour une série télévisée. À la fin de cette troisième saison, le résultat est sans appel : c’est tout bonnement excellent et cette saison fait clairement partie de mon top 3 de l’année 2017. C’est une saison plus « cinématographique » que les deux premières (changement de cadre du 4:3 au 16:9), David Lynch a eu la bonne idée de ne pas jouer la carte du fan-service à fond mais de créer une histoire originale 25 ans après la fin de la seconde saison. La mise en scène ainsi que la réalisation sont dingues, les acteurs de l’époque sont géniaux et certains épisodes sont uniques en leur genre. C’est aussi une sorte de bilan pour le réalisateur puisqu’il insère dans cette nouvelle saison tout un tas de références à ses précédents films (Eraserhead, Sailor et Lula, Lost Highway, Mulholland Drive…). La bande-son, quant à elle, est à tomber par terre. Pour les cinéphiles passionnés par la filmographie du Monsieur, cette troisième saison est du pain béni, un véritable OVNI télévisuel qui ne laissera pas indifférent. Les néophytes pourront également y trouver leur compte.

Des livres.

Parce que Twin Peaks ce n’est pas qu’une série et qu’un film : c’est bien plus. Un tas de livres en rapport avec Twin Peaks sont parus ces dernières années, preuve que l’œuvre de David Lynch et de Mark Frost suscite encore de l’engouement. Du livre de recettes à l’autobiographie de Dale Cooper, du journal intime de Laura Palmer à la mythologie de la série… Il y en a pour tous les goûts. Mention spéciale pour le livre de Mark Frost intitulé « L’histoire secrète de Twin Peaks », un petit pavé passionnant pour tous les fans de la série qui revient en détail sur l’histoire de la ville et les drames survenus dans la série.

Pour terminer…

Que dire… Twin Peaks c’est la Mère de toutes les séries télévisées. C’est culte, démentiel, incontournable, une petite pépite comme on en voit rarement. C’est une Œuvre totale, très dense, qui vaut assurément le coup d’œil et qui a été une source d’inspiration pour de nombreuses séries par la suite (Broadchurch, Strangers Things et j’en passe…). Twin Peaks is Life, Twin Peaks is Love. Watch Twin Peaks.

Maretoh

An episode a day keeps the doctor away.

3 réponses

  1. sbore dit :

    C’est beau l’amour

  2. Trangsene dit :

    Moui, hurler à chaque paragraphe que tout est génial des sourcils des acteurs aux câbles électriques ne fait pas une analyse (oui je sais t’as qu’à en écrire une toi-même etc)

  3. AB dit :

    Fan depuis le tout début et connaisseur de Lynch depuis les années 70 (oui suis vieux :-) ), il faut avouer qu’il manque un « petit supplément d’âme » à la saison 3. La très grand originalité de twin peals S1+S2+film « fwwm » est d’avoir un script en béton armé dont l’histoire tourne autour d’une famille et d’une communauté. IL y a tout de même une certaine frustration lors de la S3 entre les épisodes 4 et 16 à tourner « autour du pot » avant que tout ne se délie pour revenir au twist génial de l’avant dernier épisode (je ne compte pas la deuxième dernier épisode sinon je spoile). Lynch et Frost aurait gagné en intensité à condenser l’histoire et à revenir plus souvent vers twin peaks, non pas pour faire du « fan service » mais simplement parce que twin peaks c’est avant tout Laura Palmer, son père, sa mère et un héros « maladroit » Cooper. La mythologie tient le choc: Judy, Philipp Jeffries, the fireman (voir le grand épisode 8). Mais las vegas, les tulpa, Dougie sont une partie trop « diluée », trop lente voire trop parfaite dans l’image pour captiver (Inland Empire, bien que « moche » pour certains prenait bien plus de risque).

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